2 Éloge de la légèreté (extrait)

eloge400

 

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Dans notre société occidentale, on a de quoi manger, se loger, se vêtir et assurer sa survie au-delà du quotidien. Quand ces aspects de base (pyramide des besoins de Maslow) sont comblés, un tas de petits besoins supplémentaires apparaissent. Puis des désirs. Nous pouvons passer notre vie à tenter de combler tout ça. Faire des listes à l’infini. Mais à moins que le processus lui-même nous procure assez de joie pour nourrir notre existence, c’est une quête qui nous entraîne dans un cercle vicieux très peu satisfaisant.

De quoi est alors fait notre quotidien ? De recherche de plaisir, de réalisation de soi : spirituellement, socialement, matériellement. Manger mieux (souvent plus), se loger mieux, se vêtir (parfois avec des marques), trouver l’amour, bâtir un petit nid confortable, avoir des enfants, une voiture (ou deux), une formation, un travail qui nous plaît (et qui rapporte), un corps en santé (et en beauté si possible), des loisirs, des amis, des meubles, des gadgets…

La bête se nourrit d’elle-même. Plus on consomme, plus on doit travailler, mais plus on travaille, plus l’acte de consommer nous récompense de travailler. Nos « possessions » nous apportent en prime du travail supplémentaire puisque nous devons les entretenir, les ranger, les réparer et les protéger. Détergents par-ci, placards par-là. Outils par-ci, assurances par-là. Sans parler du temps que nous perdons à chercher celles qui s’égarent momentanément et à racheter ce qu’on a déjà parce qu’on ne trouve plus un « précieux » objet. En dehors du travail, nous consacrons une grande partie de notre temps aux objets que nous possédons. En réalité, la plupart du temps, ce sont nos objets qui nous possèdent !

D’autant plus qu’il faut utiliser ces acquisitions (n’était-ce pas le but au départ ?). Or parfois, nous possédons tellement de choses que nos soirées, nos weekends et nos vacances ne suffisent pas pour en profiter vraiment. Nous devons aussi réserver du temps aux nombreuses activités, à la famille, aux amis, aux fêtes, aux voyages…

Dans les générations précédentes, nos parents accumulaient des biens et des savoirs qu’ils transmettaient ensuite à leurs enfants et petits-enfants. Aujourd’hui, plusieurs choses ne résistent pas au temps. On ne répare plus, tout est jetable et donne l’occasion de consommer du nouveau, du neuf, du moderne.

Avec le cycle rapide des changements technologiques qui s’accélère de manière exponentielle, de nouveaux besoins se créent chaque jour. Ce que nous avions hier ne nous sera peut-être d’aucune utilité demain. Encore plus dramatique, ce que nous savions hier ne nous sera peut-être d’aucune utilité non plus. La transmission du savoir est de plus en plus rare, ce qui dramatise le fait de vieillir et accentue le phénomène de l’âgisme.

La jeunesse à tout prix, le nouveau, le truc in qui sera out dans deux semaines. Une avancée technologique ou un design innovant ne sont garants que d’un succès momentané.

Des exemples ? Notre collection de DVD « pas Blu Ray », notre poussette à 3 roues…

On dit d’un article de mode qu’il est indémodable, que c’est « un grand classique », ce qui en justifie l’achat. Pourtant, un minuscule détail fera en sorte que notre petit pantalon noir ne restera pas au goût du jour. Ni l’an prochain ni dans 10 ans, quand la mode sera passée du baggy au skinny, puis de la taille haute à la taille basse. Que dire des nouvelles vérités qu’on nous balance chaque année : les bébés doivent dormir sur le ventre, sur le dos, sur le côté; il faut s’étirer après et avant une course, puis seulement après, puis plus du tout; le vin rouge, le thé (vert, blanc, noir) et le café passent de médicaments à poisons. D’accord !

Même si nous n’avons plus à aller chercher l’eau au puits ou à chasser le mammouth au péril de nos vies pour nous nourrir, même si notre réalité quotidienne fait en sorte qu’on passe plutôt chez l’esthéticienne faire rafraîchir nos rallonges de cils avant d’appeler au resto pour une livraison de sushis qu’on mangera en planifiant notre prochaine rencontre sur un réseau de rencontres en ligne, sommes-nous plus heureux ? On ne parle pas ici que de progrès. On parle aussi, comme le chante de manière si poétique Daniel Bélanger, de « l’échec du matériel ».

Quoi faire alors pour trouver un sens à ce qu’on est et ce qu’on fait, autrement qu’en consommant bêtement les connaissances, les infos, les produits, les relations ?

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